Un entretien très particulier pour l’examen professionnel de technicien supérieur
Publié; le 24 février 2014 | spaseen 31

Au sujet des examens administratifs, nombreux sont les candidats qui ont le sentiment qu’en poussant la porte d’une salle d’oral, les jeux sont déjà faits. Sélection incompréhensible sur de simples lettres de motivation pourtant bien préparées, CV de contractuels remarquables qui ne semblent pas retenir l’attention d’un jury.

Souhaitant donner la parole à ceux que, d’habitude, on n’écoute pas, le SPASEEN-31 a décidé de mettre en ligne un texte écrit par un agent de l’Éducation Nationale suite à l’épreuve d’oral d’un concours national auquel il s’est présenté, et dont le déroulement l’a vraiment choqué.

Nous publions ce "coup de gueule", tel quel, et invitons les personnes ayant eu une expérience similaire à nous en faire part.

Il y a quelque temps, j'ai passé l'examen professionnel de technicien supérieur.

Voici donc le déroulement étape par étape de ce fabuleux moment :

 1) La mise en bouche : les membres du jury ne se présentent pas (c’est la première fois que ça m’arrive !), je vais être jugé par des anonymes, bon ok c’est eux qui décident, c’est peut-être un test ou de nouvelles directives ? Ou alors ils pensent que j’ai lu tous les noms de jury affichés dans la salle d’attente, ou bien ils sont très connus et je ne les ai pas reconnus, aïe ?

 2) L’observation : ils sont dos au jour, une belle fenêtre derrière eux et il fait beau : j'ai donc la lumière dans les yeux, je ne les vois pas bien, ce n’est pas grave de toute façon je ne sais pas à qui je m’adresse, ça fait peut-être aussi partie de l’examen après tout, et je ne suis pas là pour me plaindre du décorum mais pour leur démontrer que je suis capable de tout (même de supporter un interrogatoire avec la lumière dans les yeux).

- Entrez, Bonjour, asseyez-vous, des questions ? (euh... le ton employé n’invite pas vraiment à dire oui, même si c’est agrémenté d’un sourire), bon eh bien commencez.

Je leur fais ma présentation, ils me disent que c’est bien mais que maintenant on va passer aux questions. C’est normal jusque là, ce serait trop beau si ma verve leur suffisait et ils vont m’interroger sur mon exposé, et probablement le fonctionnement général des universités et des administrations, soi-disant que c’est toujours le cas, je m’y attends je suis prêt, j’ai lu ce qu’il fallait !


3) L’assaut : je réponds aux questions principales sur mon exposé, sans aucun souci, je connais mon sujet, ma fonction. Puis viennent des questions sur ce que je pense de ma fonction (mon avis personnel du genre « non mais vous, que pensez-vous de votre ministère »), de mon administration, de mes supérieurs. Puis des questions très pointues sur des éléments de détail de mon exposé remontant sur mon ancienneté, j’avoue, certaines choses je ne les pratique plus donc je ne suis plus sûr, mais je réponds : "A l’époque, il y a 5 ans, c’était ainsi". Moins je sais, plus ils insistent, ok je réponds juste, ils passent à autre chose. Ah ! Ça je ne sais pas non plus, ils insistent encore et me font remarquer que j’aurais dû le savoir. Là je sais, ils ne vont pas plus loin. Je leur précise que quand je ne sais pas je me renseigne, et que j’ai des collègues avec qui je suis en relation, que je ne suis pas seul au monde, ils n’ont pas l’air d’apprécier. Oups. Je leur dit que leurs questions remontent à très longtemps et que ce sont des fonction que je n'assume plus, mais que si je devais le refaire je me remettrais au goût du jour, que je connais surtout ce que je fais actuellement et que tout progresse dans nos métiers, je comprends que ce n’est pas ce qu’ils voulaient entendre… bien.

C’est un examen, je me dis qu’il faut que je sois le meilleur à ce moment-là, que l’on peut être interrogé dans tous les sens, mais même si je ne sais pas tout il y a quand même des choses que je maîtrise. Mais ils insistent, en allant de plus en plus loin dans le détail, sur les choses que je ne maîtrise pas et surtout que je ne suis pas censé faire, ou que je ne fais plus car je ne les pratique plus depuis plusieurs années. Et ils s'étonnent quand je leur dis que j'ai changé de poste, en soutenant que je ne l'ai pas dit dans mon exposé : heureusement, un autre membre du jury fait remarquer que si. Si encore je ne savais pas des choses propres a ma fonction, mais justement je sais ; alors ils vont plus loin, bon c’est normal je veux être classe supérieure, faut assumer … mais à ce niveau-là je serais vraiment une encyclopédie vivante.

Hey, je ne suis que technicien de classe normale et il faudrait que je sache tout ce que ne savent même pas les ingénieurs avec qui je travaille ou ai travaillé ?

Parce que toutes les questions que l’on m’a posées, dès que je suis sorti, je les ai posées par téléphone a mes collègues, actuels ou anciens, et tous ont été surpris. La seule ayant répondu étant une spécialiste –ingénieure !- de la question, surprise aussi du niveau des questions pour un « simple » examen de technicien… Là, je me suis dis que je m’étais trompé, que j’avais dû sans le savoir essayer de me frotter a l’examen d’ingénieur d’étude, moi le technicien de classe normale.

 

4) L’apothéose : des "remarques" sur le « peu de niveau technique et sécuritaire » de mon service (je n'y suis que technicien, ce n'est pas à moi de décider ce genre de chose, si ? Première nouvelle, demain j’impose ma vision à mes chefs). Ou des  « Ah bon, vous ne savez pas ça ? Mais vous le faites tous les jours ! ». Ben non justement, il se trouve que ce n’est pas ce genre de choses que je fais tous les jours, on ne doit pas vivre dans le même monde. La personne du jury qui ne s’était pas mêlée à la fête sonne le gong (ou le glas, je ne saurais dire). « Bon c’est bon, ça suffit là ». Oui ouf, merci de me sauver, là j’en peux plus. Je viens de la campagne, et vous me l’avez bien fait sentir.

Groggy par le « combat », je sors penaud et mal à l’aise. La note, quelque temps après, ne fait que confirmer ce dont je me doutais, malgré le soutien de tous ceux qui me considèrent comme pas mauvais, voire même oserais-je dire, euh... compétent.

Bien en-dessous de la moyenne, houla, donc je ne sais pas parler ou alors je suis très mauvais techniquement ou tout à la fois… Étrange, car ce n’est pas la première fois que je passe un oral, j’avais déjà tenté l’examen de technicien exceptionnel, qui si je ne m’abuse est le grade supérieur a celui de technicien supérieur, et il s’était bien passé. Bien que je ne l’aie pas eu, le jury avait été cordial et j’avais apprécié notre échange, et la note était du même niveau que celles que j’ai d’habitude : bien-au dessus de la moyenne.

Je suis donc devenu exceptionnellement mauvais en moins d’un an ?

 J’en viens donc à mon questionnement :

Sur quoi ai-je été noté ? Mes qualités à l’oral, mes connaissances ? Ma façon d’encaisser les coups ? Mon manque de réactivité à l’horreur et au supplice ? Le fait d’être dans un petit service où la pointe de la technologie et les hautes sphères ministérielles, dans le détail je précise, ne sont qu’une lointaine vision tenant du mirage, de l’inaccessible graal (du moins comme ils me l’ont fait sentir) ?

Je ne suis qu’un technicien de classe normale qui exerce dans un service ou règne l’anarchie technique et le manque le plus complet de compétences, je l’ai bien compris en sortant de là, mais qu’est-ce qu’il faut donc savoir pour être Technicien supérieur ? Et exceptionnel ? Et Assistant ingénieur alors ? Ingénieur, j’ose même pas y penser. Houla

 Après avoir discuté de mes déboires avec certains lauréats de cet examen, collègues et amis et qui me considèrent comme « bon », ils m’ont dit que je n’avais pas eu de chance, que eux avaient été interrogés sur des choses beaucoup plus générales et pas du détail technique, et avaient eu un bon contact avec le jury. D’ailleurs à ce propos, le jury n’était pas le même, encore un coup de chance : tomber sur le « bon jury » ?

De la chance ? Bon, tout ceci se résumerait au bon vieil adage qui dit : « Etre au bon endroit au bon moment ? ». Mon concours de technicien de classe normale c’est la chance qui m’a fait l’avoir alors. Je me demande bien pourquoi j’ai autant révisé tiens, ça ne servait a rien, en fait c’était « un coup de pot ».

 Mon sentiment est que tout ceci est bien obscur, et qu’un peu plus de détails sur la façon dont le jury juge et note le candidat ne serait pas plus mal. J’aimerais bien savoir ce qui ne va pas, pour m’améliorer... Sauf évidemment si j’ai de la chance… Là, je n’aurai pas besoin d’autre chose.

 

cale




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